mardi 26 novembre 2013

Un regard d'enfant insouciant sur l'hôpital de Giel

Le Père Henri Derouet a présenté aux élèves de Seconde Bac Pro du lycée agricole ses souvenirs d’enfance. Élève en classe de troisième, il a vécu les événements qui se sont déroulés à l’Orphelinat, début juin 1944. Au début de son exposé, il a rappelé l’utilisation des cartes mensuelles de rationnement car : « les Allemands réquisitionnaient beaucoup de produits alimentaires ». « avec un coupon RG d’octobre, nos parents pouvaient acheter chez l’épicier 100 g de beurre ». Beaucoup d’aliments de consommation courante étaient des ersatz :»L’orge grillée remplaçait le café, la saccharine, le sucre ». « Nos sandalettes étaient fabriquées à partir de pneus, on trouvait dans le commerce des chaussures à semelles de bois pouvant légèrement se plier grâce à quelques traits de scie,.. »
A l’Orphelinat, les champs de blé, de pommes de terre, les jardins, l’abattoir nous procuraient une autosuffisance alimentaire mais sans le moindre gaspillage !
Nous avons appris le débarquement par le poste de TSF. Un surveillant nous dessinait chaque matin la progression des Alliés sur une carte de Normandie à l’aide de fils de laine et de petites pointes.
Parmi les événements locaux, le Père Derouet rappelle le bombardement du pont de la Courbe ou le tir d’un V2 au Boulay. « Les orphelins avaient défriché un sentier à couvert dans le cas où il faudrait évacuer la maison ». En juin 1944, les cours continuent pour les 200 élèves. Dès le 16 juin, une équipe de la Croix Rouge arrive de Paris avec des ambulances, des infirmières, et des médecins. Les religieuses d’Argentan et de Giel apportent leur aide. Les opérations chirurgicales vont se dérouler dans les salles de classe.
Durant tout l’été 1944, près de 600 blessés de tous âges seront soignés à GIEL. Nous pouvons aujourd’hui, retrouver dans les registres, les noms, les dates, les soins prodigués.
A la fin de son exposé, le Père Derouet raconte son retour avec ses trois frères et son père à pied vers Torchamp, distant de 55 km. Puis l’arrivée des premiers Canadiens, avec lesquels ils entonnent la chanson : «  Alouette », dans une euphorie générale.

Les élèves du lycée agricole sont restés près d’une heure suspendus aux propos de ce « jeune témoin de 84 ans ». Parfois, son visage esquissait un sourire. Un rire complice de l’auditoire clôturait certaines anecdotes.

Ce témoignage a donc été très riche en émotions. Le Père Derouet a su nous transmettre ce regard d’enfant avec son insouciance sur un épisode bien sombre de notre histoire pour de nombreux civils.

 Ce brassard de la Croix Rouge est (avec les registres des blessés) le seul objet témoin évoquant l'hôpital en 1944
 L'auditoire écoute très attentivement le Père Derouet


A chaque coupon de rationnement correspondait un produit ( beurre, fromage, viande,...)

2 commentaires:

Sceren Caen a dit…

Cette rencontre avait l'air passionnante.

Famille Derouet-Remon a dit…

Autres information sur la vie à l'Orphelinat de Giel en 1944,
entre autres la provenance des blessés :
http://www.giel-don-bosco.org/hopital.php